Le blues
Depuis le début septembre, les évènements se succèdent, sans qu'il ne s'agisse vraiment d'évènements et je m'enfonce, de plus en plus profondément dans le Blues... J'ose espérer que ce sentiment de spleen m'inspire quelque chose d'artistique, au moins, cette sensation de fonte et de disparition de son propre ego intérieur n'aura pas été vaine !
Je me raccroche aux branches d'un arbre qui petit à petit se meurt... J'ai conscience d'avoir une belle vie et peut-être est-ce ceci qui me laisse autant de temps pour m'interroger sur moi-même ?
Depuis toujours, je me cherche. Je n'ai que du flou dans ma personnalité et à chaque fois que je pense avoir enfin trouvé mon chemin, une nouvelle bifurcation apparaît avec un choix à faire. Je le fais donc, dans l'espoir toujours sincère qu'il me révèle enfin à moi-même, que je puisse vivre en paix sur une route claire et tracée, mais non, rien n'est jamais survenu ainsi.
Je ne sais pas ce que je veux, ni ce à quoi j'aspire en réalité, de la vie, si ce n'est les traditionnelles mais ô combien importantes, santé, richesse et amour.
Aujourd'hui, je rêve de ce paradis perdu en Mer des Caraïbes, Gwada, qui m'a pourtant meurtrie il y a quelques années et dont les souvenirs douloureux restent présents comme des plaies ouvertes, mais comme un Amour impossible, cette île m'attire à elle, même si, de part sa propre condition, je la sais une impasse. Une terre entourée d'eau, comme une prison dorée, toute petite, réconfortante et charmante mais aussi pleine de désillusions, jalousies, silences imposées, souffrance.
Aujourd'hui, j'étouffe ici, dans cette grande Métropole où l'individualisme, l'indifférence, la pauvreté, la souffrance m'entourent, comme des maux d'habitude, auxquels on se force à ne plus faire attention, parce que pour survivre, on se dit qu'il faut vivre avec. Pourquoi survivre avec de tels maux ? Je me sens vide, anéantie parfois par ma propre superficialité, terrassée par mon propre nombrilisme, dépourvue de temps pour créer tous les trésors d'écriture, de peinture et de musique qui dorment en moi.
Je joue le jeu de cette société dans laquelle je ne trouve pas ma place, dans laquelle j'ai jeté un enfant et pour lequel je culpabilise chaque jour d'avoir obéi à mon égoïsme, connaître le statut de mère, oui, mais, malheureusement, il ne s'agit pas que de cela. J'ai donné la vie et chaque jour je tremble qu'on me la reprenne, chaque jour je tremble de la perdre cette petite vie, incarnation concrète de mon Amour pour toi, Doudou, qui chaque jour trime trop fort pour tenter d'exister ici, où on ne te reconnaît pas, où on ne te considère pas à ta juste valeur, où on ne te remet pas ce que tu mérites.
Un grand Mea Culpa, comme une prise de conscience sans aseptisation, aussi froide et amère que le goût de la douleur.
On peut effectivement vivre sans se poser autant de questions. Vraiment ? Le peut-on ?
Si j'en arrive là, j'imagine que je serais la seule et dernière âme sur Terre alors !