Dans ma chair...

Publié le par Kelidoma

Cela fait des jours

Que j'erre dans cette forêt sans atours

Je me suis traînée

Sans même imaginer

Que c'était ma vie que je sauvais

 

 

Ma vie...

Suis-je réellement encore en vie ?

J'ai fuit

Pourtant je me sens zombie

 

 

Je porte en moi

Une indélébile trace de mon calvaire

Ce parasite dans ma chair

Grandit, se nourrit, se déploie

 

 

A cinquante pour cent il est de moi

Quant aux cinquante autres, je ne sais pas

Ils se sont tellement servis de mon corps

Ils ont pénétré, forcé, déchiré avec tant d'efforts

 

 

Il ne me reste plus que la douleur

Leurs penis comme des poignards

Ont découpé mon intimité

Jusqu'à ne plus laisser que des lambeaux de chairs épars

Que j'ai moi-même rapprocher

Pour qu'ils puissent cicatriser

Gravant à jamais mon malheur

 

 

Et malgré les dégâts occasionnés

Mon corps a enfanté...

Aujourd'hui, j'erre dans le noir

Avec comme seul complice mon désespoir

 

 

Je me sens dévastée

Je suis une Terre désolée

Où pourtant pousse une âme

Engendré par le drame

 

 

J'ai été recueillie

Par un médecin qui m'a soignée

Une équipe qui tente de m'aider

A oublier et à aimer

Cet enfant qui est né

 

 

Je suis morte par le viol des rebelles

Je suis née par le viol des rebelles

Je suis un dommage collatéral

Je suis ce que la guerre a engendré

Aujourd'hui à l'issue foetale

J'essaie de ne pas être une issue fatale

Mais jamais je ne pourrais oublier

Le jour où on m'a tuée

 

 

Parce que je suis une femme

J'ai dû subir le pire outrage

J'aurais préféré mourir sous une lame

Plutôt que de vivre avec cet orage

Interne qui gronde

Mon corps s'innonde

De haine et de sang

 

 

Je voudrais être un Homme

Pour qu'Ils me supplient

De leur laisser la vie

Je voudrais être énorme

Pour les écraser de souffrance

éviscérer leurs panses

Arracher leur intimité

Comme Ils m'ont baffouée

Et la brandir triomphante

 

 

Mais je ne suis qu'une petite femme

La nature a décidé de mon âme

Alors je n'ai plus qu'à recouvrer la force

Qu'elle m'a léguée dans sa grande sagesse

Je sens déjà qu'elle s'amorce

Car malgré ma faiblesse

 

J'ai survécu

à l'horreur

C'est donc que j'ai vaincu

Un petit peu ma peur...

 

 

Le chemin sera long

 

 

En hommage à toutes ces femmes congolaises que la folie de la Guerre entraîne dans une horreur quotidienne indescriptible et qui, malgré les sévices les plus machiavéliques survivent...

En hommage aussi, à toutes les femmes abusées pendant ces périodes déshumanisées...

En hommage enfin, à toutes les femmes, en général, qui à cause de leurs faiblesses physiques, subissent ou subiront un jour cet affront du viol et auront malgré tout la force de se relever et d'avancer, de vivre avec ce tissu nécrosé et anéanti en elles, car jamais, on oublie...

 

 

 

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K
On se dit civilisé...<br /> On dit qu'on a évolué<br /> POurtant naître "fille" de nos jours<br /> Reste encore et toujours<br /> une alternative à devenir victime<br /> Comme si notre intime<br /> Nous portait préjudice<br /> Ouvrait la porte aux vices<br /> J'avoue être profondément meutrie<br /> Et touchée <br /> Par cette société<br /> Qui se dit humanisée<br /> et qui pourtant garde cette animalité<br /> Toute la planète reste concernée<br /> Par cette violence faite aux femmes<br /> Quand est-ce que finira ce drame ?
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M
tu as raison Kélidoma de nous rappeler l'existence de ces femmes usées d'avoir été abusées et qui pourtant restent debout . Aujourd'hui en Belgique, nous y pensons fortement car c'est la journée des femmes battues . Il y en a encore tellement et tout près de chez nous ...<br /> amitié .
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