La Grande Librairie : le pouvoir de l'écrivain
J'ai découvert, depuis environ 15 jours, cette émission, sur France 5 , présenté par François BUSNEL, le dimanche matin à 09h55.
Il vrai que si réellement j'en avais la possibilité, je ferais bien la grasse mat' mais avec Chouchou et la môme du voisin du dessus, impossible, alors autant occuper son temps à quelque chose d'utile, non ?!...
Et cette émission m'est véritablement utile, à moi, qui aime les mots, les livres et ceux qui les construisent...
Cette semaine, plusieurs thèmes étaient abordés, dont l'un qui m'a marquée, puisqu'il est directement lié à une conversation que nous avions eu avec Doudou, il y a quelques temps, concernant, ce prof, qui avait critiqué Allah et qui était victime de menaces de mort... Doudou avait dit qu'effectivement, il savait un peu ce qu'il risquait en traitant de ce sujet, sur quoi, je lui avais répondu, pas vraiment d'accord, que la liberté d'expression ça existe et que normalement, on devrait pouvoir dire et écrire tout ce qu'on pense sans mettre sa vie en péril...
"Normalement", voilà un mot bien "passe-partout", que Fabien n'aime pas, moi non plus d'ailleurs puisque la norme, c'est quoi ? En l'occurrence, ici, la norme, c'est surtout ne pas prendre des sujets qui fâchent pour les mettre sur le papier et c'est aussi ce qu'a fait RobertoSAVIANO, auteur du livre GOMORRA, dont est d'ailleurs tiré un film sur la Mafia Napolitaine, autre sujet, traité d'ailleurs il y a peu par M-C Leloire, une blogueuse belge...
GOMORRA, c'est quoi ? c'est la réalité de la Mafia de l'intérieur. sujet ô combien sulfureux qui a valu à l'auteur une sorte de "fatwa". Il parle de façon effrayante comment cette organisation infiniment puissante peut vous poursuivre pendant 10, 20, 30 ans jusqu'au relâchement de votre méfiance pour pouvoir vous tuer. Il sait qu'il est mis à mort mais son courage est à la hauteur de son oeuvre. Sans des écrivains de ce type, il y aurait des secrets encore bien plus gardés qu'il ne le sont et ceci est aussi un des pouvoirs de l'écrivain. Finalement, les mots sont des armes qui, elles-aussi, font peur et peuvent être meurtrières...
"Gomorra explore Naples et la Campanie dominées par la criminalité organisée, sur fond de guerres entre clans rivaux et de trafics en tout genre : contrefaçon, armes, drogue et déchets toxiques. C'est ainsi que le Système, comme le désignent ses affiliés, accroît ses profits, conforte sa toute-puissance et se pose en avant-garde criminelle de l'économie mondialisée. Mais c'est aussi l'histoire intime de Roberto Saviano, qui est né sur ces terres et a choisi l'écriture pour mener son combat contre la camorra. "
L'autre invité de ce dimanche, était E-E SCHMIDT pour son livre : "Ulysse from Bagdad" :
"Saad veut quitter Bagdad, son chaos, pour gagner l'Europe, la liberté, un avenir. Mais comment franchir les frontières sans un dinar en poche ? Comment, tel Ulysse, affronter les tempêtes, survivre aux naufrages, échapper aux trafiquants d'opium, ignorer le chant des sirènes devenues rockeuses, se soustraire à la cruauté d'un geôlier cyclopéen ou s'arracher aux enchantements amoureux d'une Calypso sicilienne ? "
L'auteur transpose à notre époque une vision de "l'Iliadeet l'Odyssée "d'Homère. Un conte moderne, une aventure et une ode aussi à tous ces hommes qui s'exilent à la recherche d'un monde meilleur que celui dans lequel ils évoluent. E-E SCHMIDT, a voulu, selon ses dires, rendre hommage aux sans papiers, aux immigrés clandestins qui risquent leur vie pour leur rêve, une façon certes poétique et jolie de voir les choses, mais pas, non plus, si fausse que cela. Il met en relief également le problème identitaire que notre époque traverse. En effet, autant, aux temps d'Ulysse et des grecs, chacun savaient d'où ils venaient et espéraient y retourner, autant, de nos jours, c'est souvent sans retour qu'on quitte sa terre natale pour se construire ailleurs, une identité que l'on perd donc au profit d'une autre, peut-être ? quand on y arrive ; et je ne parle pas seulement des clandestins, j'inclus ceux aussi qui quittent leur région pour une autre en France où ils espèrent trouver du travail, malgré tout, c'est tout autant une forme d'exil qui peut parfois être dur à vivre.
Mais pour revenir au sujet, la vision d'E-E SCHMIDT, assez métaphorique, de l'exil, pousse certain à dire que :
-"les écrivains sont des charlatans ?"
ce à quoi, ce dernier répond simplement que :
-" Non. Les écrivains ne sont pas des charlatans, il décrivent le monde tel qu'il pourrait être..."
, sans autre prétention.
Peut-être un sujet de dissert' pour les profs de Français, qui sait ?
Sur le plateau, Alberto MANGUEL, http://fr.wikipedia.org/wiki/Alberto_Manguel a donné lui aussi une vision du livre qui a retenue mon attention et m'a plue et c'est d'ailleurs là-dedans que se trouve le succès du livre depuis des siècles.
Ce dernier possède une bibliothèque avec des milliers d'ouvrages dans un ancien prieuré, il dit qu'il sent l'attraction des livres, comme si ceux-ci vivaient pour eux-mêmes et pour raconter, il dit aussi que c'est parce "chaque lecteur crée son propre livre" lorsqu'il parcourt un ouvrage qu'il est peu probable qu'un jour ce mode d'instruction, de curiosité, d'aventure et même d'amour, se meurt.
En effet, dans le livre, même s'il est créé, nous y mettons tous, nos images personnelles, c'est là qu'il est un objet particulier, il est identique à tous et propre à chacun...