L'anonymat de la rue
"On avait rarement vu cela : cette année, tous les centres d'hébergements pour SDF faisaient déjà le plein dès la mi-novembre. Avec la crise, de plus en plus de Français se retrouvent à la rue. Ils seraient 100.000 selon les autorités, cinq fois plus selon les associations caritatives.
Comment les nouveaux arrivants découvrent-ils la vie sans-abri ? Nous avons notamment suivi deux jeunes de 18 ans, en rupture avec leur famille, qui n'ont soudain plus de chez-eux. Trouver un coin protégé pour dormir dehors, faire la manche, se nourrir dans les soupes populaires ... Chaque étape est douloureuse, mais le plus dur, c'est la honte d'être à la rue.
Situation encore plus difficile pour les femmes, qui redoutent de se faire agresser la nuit. Quelle alternative? Ceux qui acceptent de monter dans les bus de la brigade d'aide aux sans-abris savent qu'ils passeront la nuit dans un centre d'hébergement. Une équipe de 66 Minutes a pu y tourner des images qui témoignent de la saleté et de la violence qui y règnent.
Du coup, d'autres trouvent des alternatives pour avoir un semblant de toit. Dans le bois de Vincennes, près de Paris, un "village" d'abris de fortune accueille 2 à 300 habitants. Les caritatifs le surnomment le "mouroir" pour sans-abris. C'est là que Francis, 56 ans, a été retrouvé mort le 23 novembre dans sa cabane. Immersion dans cette condition de sans-abri qui est devenu l'une des hantises des Français"
Comment rester détaché(e) face à ces hommes et femmes qui nous ressemblent finalement tant ? La différence entre eux et nous ? Ils n'ont plus de toit...
Et encore, à les écouter se confier, ceci n'est finalement pas le plus dur, même si l'hiver est rude, qu'ils dorment par -3° dans le bois de Vincennes ou s'introduisent "à l'arrache" dans des immeubles d'habitation en même temps que les résidents pour trouver un coin de moquette dans une cage d'escalier pour dormir à l'abri des intempéries, du bruit, de la saleté et de la violence qui règnent dans les centre d'hébergement... Non, ce qui est le plus dur, c'est l'abandon, l'anonymat, l'indifférence, le manque de considération, la perte du statut humain...
Le plus dur c'est la transparence et lorsqu'on finit par les remarquer c'est pour lire dans les yeux de ceux qui les regardent, le dégoût, le rejet, la peur...
La mort dans le dénument le plus total, l'oubli au paroxysme, même de sa propre famille, ils parlent de suicide, oui, ils en parlent, mais pour certain, c'est presque comme s'ils étaient déjà morts...
Je n'ai pas pu rester "de glace" face à ce reportage, parce que les confidences recueillies sont tout simplement véritablement humaines et compréhensibles, parce qu'il n'est pas difficile de s'identifier à ce jeune homme de 20 ans, motivé, qui recherche du travail en intérim, sans aucun bagage et malgré son asthme s'accroche à l'espoir de fonder une famille et de la faire vivre, ou à cet homme de 50 ans, qui fête son anniversaire avec ses potes de rue, et qui adresse un clin d'oeil à son frère, par caméra interposée en lui disant "qu'il ne s'inquiète pas pour lui..."
Et bien si, il faut s'inquiéter pour lui ! Il faut s'inquiéter les uns pour les autres car c'est la plus grande force que nous ayons pour lutter contre un pouvoir opressif, capitaliste et qui nous rabaisse chaque jour plus près de cette condition, pour nous avilir, pour nous réduire en esclavage moderne, nous pousser à nous endetter pour mieux tout nous prendre et nous jeter comme tous ces biens de consommation dont nous sommes friands...
L'humain n'est pas un bien de consommation. L'humain est vivant et mérite le respect et la considération digne de son rang, qu'il soit dans la rue ou non...
Plus de révolte et de solidarité nous aideraient certainement à amenuiser ces situations de grande précarité et à clouer le bec à ce gouvernement qui chaque jour, un peu plus, réduit nos libertés, nous dresse les uns contre les autres pour mieux régner !