La vision de la mort
J'ai la chance d'avoir encore mes grands parents maternels en vie, et à plus de 80 ans, ils forment un couple moderne, ouvert et élégant.
Cependant, évidemment, à leur âge, l'idée de la mort leur trotte dans la tête et leur grand atout c'est qu'il n'ont pas de tabou, ce qui leur permet d'évoquer le sujet en toute simplicité.
POurtant, est-ce une forme de "tabou" qui persiste chez moi, l'idée de ma grand-mère d'être "touchée" par le fait que sa descendance choisisse de son vivant des objets à hériter me trouble terriblement.
En effet, je ne comprends, d'une part, pas, pourquoi un objet doit nous rappeler une personne.
Pour moi, qui ne suis pas matérialiste, un objet ne sera jamais le symbole d'une personne, certes, il peut évoquer des souvenirs et sans doute est-ce ce qui est évoqué dans l'idée de ma grand-mère, mais tout de même, je trouve cela particulièrement réducteur.
Quand ma grand-mère disparaîtra, j'écrirai sûrement, étant donné qu'il s'agit pour moi d'un éxutoire de la souffrance, et ce texte, sera pour moi, l'unique rapport que je voudrais garder d'elle en plus des photos , traces de vie et d'évènement partagée avec elle... Dans mes mots; j'y mettrai mon enfance passée auprès d'elle, les histoires familiales qu'elle m'a transmise, son grand coeur, sa possessivité aussi, ses erreurs, son époque, son savoir, son bavardage, ses conseils, ses caprices et tout ce qui faisait qu'elle était ELLE avec ses qualités et ses défauts et je sais que je n'aurais nullement besoin de récupérer quoi que se soit qui lui aura appartenu pour me rappeler comme elle était.
D'autre part, j'ai constaté que mon grand-père n'est pas non plus acquis à cette idée de "pillage" de leurs biens de leur vivant. Je crois que le fait qu'on commence déjà à choisir parmi ses affaires ce qui restera de lui comme souvenir pour ses proches le dérange. Je partage son avis et j'adore sa discrétion, ses remarques basses, ses silences qui évoquent ses désaccords avec sa femme.
Pour lui non plus, je ne vois pas quel objet pourrait être le symbole de ce qu'il est pour moi.
Mon grand-père, c'est mon deuxième père, c'est lui qui a appris à marcher à tous ses enfants et petits enfants et même à Chouchou. Si j'ai une image à retenir de lui, c'est bien celle-ci :
ce dos courbé au-dessus d'un tout petit être qui fait ses premiers pas, ses mains calleuses de travailleur manuel (il était maçon) renfermant des petits doigts non encore façonnés par la vie, unis dans l'effort de cet évènement qui nous caractérise bipède.
Aucun bien matériel ne peut évoquer "sa main verte", sa patience et sa symbiose avec le monde végétal. Ce don de soi qu'il a toujours eu, même après des longues de travail, pour la culture de son potager et l'ornement de son jardin.
Sans doute, serait-il bien de leur transmettre ma vision de ce qu'ils sont pour moi, avant leur disparition, qu'ils comprennent et qu'ils sachent que même si, ce qu'ils sont aujourd'hui, équivaut à une adresse, une maison construite des propres mains de mon grand-père et tout le confort matériel qu'ils peuvent s'offrir, pour moi, tout ceci ne pèse pas dans la balance de ce qu'ils sont dans leurs personnalités, leur dévouement, leur Amour, leurs idées, EUX en sommes.