Le pouvoir de la mélanine
Le week-end dernier était re-diffusé l'émission 66' avec son sujet intitulé "Les Noirs au pouvoir" http://www.m6replay.fr/emissions/66-minutes/14200090#/emissions/66-minutes/14200090, sujet d'actualité de la fin d'année dernière lorsqu'OBAMA a été élu, ce qui a provoqué une vive émotion dans le monde et bien entendu en France. Cependant, même s'il a pris à certain de rêver qu'un jour, nous aurions assez de considération les uns pour les autres pour que la même chose se produise en France, il est bien aisé de constater qu'on est bien loin de cette réalité.
Depuis qu'over-blog nous permet de publier les articles sur Facebook, j'ai adhéré à un mouvements qui s'intitule "Faire en sorte que les noirs connaissent leur histoire". Voilà un titre long qui en dit aussi long sur justement tout ce qui est tu sur le passé de cette partie de la population mondiale. On y trouve beaucoup de renseignements sur les sentiments éprouvés par les noirs, sur l'enseignement reçu dans les DOM sur l'Histoire et tout ce qui est soigneusement caché. certains proclament qu'il s'agit d'une stratégie qui profite au système colonialisme de perdurer, que tenir les gens dans l'ignorance est une forme de pouvoir et d'autres s'indignent et agissent pour faire éclater au grand jour d'où ils viennent et ce qu'est réellement leur passé.
Mon père tentait de me faire comprendre l'importance de l'Histoire lorsque j'étais adolescente et qu'il faut bien le dire, je n'y trouvais pas grand intérêt. une succession de dates, de noms et de faits, bien loin et qui ne m'apportait pas grand chose au quotidien. Aujourd'hui, "alors que je suis quelque peu sortie de l'adolescence", j'arrive à comprendre ce qu'il essayait de m'apprendre. Toutefois, j'émets un bémol car ce qui nous est raconté comme un passé collectif est bien souvent remanié, édulcoré, déformé et choisi afin de nous façonner à une pensée unique.
Si aujourd'hui, cependant, je comprends l'indignation et la colère du peuple antillais, entre autre, qui s'estime spolié de son Histoire, c'est parce qu'on a peu avancé sur la condition qu'ils occupaient autrefois et sur celle d'aujourd'hui.
J'ai trouvé récemment un article http://www.facebook.com/ext/share.php?sid=122992838361&h=ixDUd&u=iCADb&ref=nf qui a suscité bien des réactions et qui parle d'un jugement collectif sur l'attitude des noirs dans notre société, sur le fait que si peu d'entre eux arrivent à atteindre une certaine castre sociale, sur leur propre responsabilité, leur propre faiblesse et leur propre volonté consciente ou inconsciente à être fidèle à l'image que certains veulent percevoir d'eux.
On sépare, catalogue, classe, range, divise les humains grâce à des critères de pseudo-sociologues qui se veulent détenir une vérité sous couvert d'observance à plus ou moins long terme de comportement collectif. Voilà un attitude bien aisée pour en effet maintenir un carcan social et idéologique auprès de nous tous. C'est beaucoup plus facile de noyer tout le monde dans une masse qu'on définira comme on le souhaitera à grand renfort d'exemples choisis plutôt que de valoriser chacun dans son individualité.
L'article suscite des interrogations sur la couleur de son auteur. Cela-t-il a beaucoup d'importance, que ce soit un blanc raciste ou un noir réac' , les arguments qui y sont défendus ne sont rien d'autres qu'une ode à la division, la suspicion et l'inégalité.
Aujourd'hui, être noir, c'est simplement avoir un taux de mélanine plus élevé au sens physiologique du terme et si l'on veut s'y résoudre, cette différence n'est pas plus pesante que celle d'avoir les yeux bleus, les cheveux roux ou les dents de la chance...
Mais il est bien réducteur de voir les choses ainsi... De tout temps, je dois le reconnaître et en particulier depuis l'abolition de l'esclavage, les noirs ont dû rivaliser de stratagèmes pour se faire entendre et reconnaître intellectuellement :
- aux USA, ils ont écrits des livres et articles sous des pseudonymes blancs pour pouvoir être entendus
- le film des années 1990 "l'Associé" avec Whoopi GLODBERG http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=12001.htmltraite de ce sujet en mettant en relief le fait que pour réussir dans la finance celle-ci doit se grimer en HOMME BLANC
- Pour représenter la France, comme dans l'équipe de foot nationale, il faut aussi être blanc, sinon, on ne paraît pas représentatif du pays
Alors, demain, un Président noir en France, ce n'est pas près d'arriver...
La politique des quotats sera-t-elle un remède à cela ? Ou tout simplement, le sacrifice de nombreuses générations avant de pouvoir vivre ensemble ?
Je sais que je défends une idée qui n'est pas partagée par beaucoup de monde (mon père le premier qui s'indigne de ce parti pris d'ailleurs...et c'est son droit, je ne cherche pas à faire des adeptes) mais c'est une réalité comme une autre qui est vécue au quotidien. STIGMATISER et ACCUSER, pourquoi faire ? Je souhaite juste plus de respect, moins de jugement superficiel, plus d'envie politique de partager le monde égalitairement et non pas égoïstement sous un règne omnipotent.
L'EDUCATION dont nous avons la charge, NOUS PARENTS, de nos petits est une arme forte pour changer les mentalités et valoriser les êtres sur leurs talents propres faisant abstraction de leur image... ce qu'on voit n'est bien souvent pas ce que l'on vaut ! C'est d'ailleurs très bien dit par l'un des acteurs du reportage de 66' qui a été adopté et qui explique que sa réussite est aussi dûe au fait que sa mère l'a toujours valoriser, ce qui lui a donné une confiance en lui et une aisance en toute circonstance. OBAMA est aussi le produit de cette réussite, pourvu que cela se propage pour un avenir où ce genre d'idées que j'écris aujourd'hui deviennent une somme obsolète...
En conclusion, je vous livre un poème guadeloupéen qui sous couvert d'elan artistique résume bien ce que pensent encore beaucoup de gens de nos jours lorsqu'ils regardent leurs voisins plus bronzés qu'eux... triste constat...
Seigneur, je ne veux plus aller à leur école
Seigneur je suis très fatigué.
Je suis né fatigué
et j’ai beaucoup marché depuis le chant du coq
et le morne est bien haut qui mène à leur école
Seigneur, je ne veux plus aller à leur école,
faites, je vous en prie, que je n’y aille plus.
Je veux suivre mon père dans les ravines fraîches
quand la nuit flotte encore dans le mystère des bois
où glissent les esprits que l’aube vient chasser
Je veux aller pieds nus par les rouges sentiers
que cuisent les flammes de midi,
je veux dormir ma sieste au pied des lourds manguiers,
je veux me réveiller
lorsque là-bas mugit la sirène des blancs
Et que l’usine
Sur l’océan des cannes
comme un bateau ancré
vomit dans la campagne son équipage nègre…
Seigneur, je ne veux plus aller à leur école,
Faites, je vous en prie, que je n’y aille plus.
Ils racontent qu’il faut qu’un petit nègre y aille
pour qu’il devienne pareil
aux messieurs de la ville
aux messieurs comme il faut
Mais moi je ne veux pas
devenir, comme ils disent,
un monsieur de la ville,
un monsieur comme il faut.
Je préfère flâner le long des sucreries
Où sont les sacs repus
que gonfle un sucre brun autant que ma peau brune.
Je préfère vers l’heure où la lune amoureuse
parle bas à l’oreille des cocotiers penchés
écouter ce que dit dans la nuit
La voix cassée d’un vieux qui raconte en fumant
les histoires de Zamba et de compère Lapin
et bien d’autres choses encore
qui ne sont pas dans les livres.
Les nègres, vous le savez, n’ont que trop travaillé.
Pourquoi faut-il de plus apprendre dans les livres
qui parlent de choses qui ne sont point d’ici ?
Et puis elle est vraiment trop triste leur école,
triste comme
ces messieurs de la ville,
ces messieurs comme il faut
qui ne savent plus danser le soir au clair de lune
qui ne savent plus marcher sur la chair de leurs pieds
qui ne savent plus conter les contes aux veillées.
Seigneur, je ne veux plus aller à leur école.
Guy TIROLIEN