Anna Lee-Chapitre XII

Publié le par Kelidoma

 

CHAPITRE XII

 

Michael rentra à l’hôtel et attendit que la nuit tombe avec impatience. Thomas et Caleigh lui avaient proposé de prendre un verre au bar et de faire un tour de nuit sur les marchés. Michael avait décliné l’invitation, il ne lui avait pas été difficile de leur montrer son malaise, sa brûlure le lançait tant qu’il grimaçait de douleur souvent.

 

Allongé sur un des lits, il écoutait les bruits familiers de la nuit, les champs des lézards et autres insectes, les grenouilles qui croassaient de façon si caractéristique donnant un concert nocturne régulier et rassurant. Les conversations animées des clients de l’hôtel filtraient aussi à travers les persiennes. L’air était lourd.

Il perçut le bruit faible de trois coups à la porte de sa chambre quelques minutes après s’être étendu. Il se leva en hâte et ouvrit à Anna Lee qui ne traîna pas à entrer.

Elle posa son sac à main blanc minuscule sur la coiffeuse immense, en sortit une petite boite ronde dans laquelle reposait un onguent beige, solide et lisse.

Elle portait une robe longue, typiquement chinoise, en satin blanc aux biais bleu pâle et col Mao, ouverte de chaque côté presque jusqu’au haut de chaque cuisse. Elle était très élégante, pomponnée comme pour un dîner.

Michael la regarda, saisit et encore une fois charmé par son raffinement.

Elle lui fit signe de s’asseoir sur un des lits. Il était torse-nu, sa brûlure le piquait tant qu’il ne supportait plus aucun vêtement. Elle fit fondre un peu d’onguent solide sur ses doigts et redessina le tigre. Un soulagement instantané saisit Michael

Ses sens s’ouvrirent instantanément, ses narines se dilatèrent au parfum de l’orchidée qui était plantée dans sa coiffure, la douceur de ses empreintes lui firent apprécier sa peau lisse, ses oreilles percevaient sa respiration saccadée, qui trahissait l’image de concentration sur sa tâche qu’elle voulait laisser paraître. Il jeta un œil à ses lèvres, peinte du même rouge cerise et le goût de ses baisers remonta à ses papilles.

Pendant qu’il la scrutait, elle termina sa tâche jusqu’à ce que la petite boîte soit vide du médicament et qu’elle se satisfasse du soulagement de son patient improvisé. Elle remit la petite boite dans son sac à main resté sur la coiffeuse et commença à se préparer à partir.

Il s’était mis debout derrière elle, son ombre, avec la lumière de la lampe de la pièce, l’enveloppait comme un ogre et son petit poucet.

-" Ne t’en vas pas, Anna… dit-il en caressant son épaule, nue.

Anna Lee ferma les yeux, avalant difficilement sa salive. Elle savait que venir dans cette chambre l’aurait conduit à ce genre de demande. Le voulait-elle sans doute ? Sentir le souffle de sa respiration dans ses cheveux, l’odeur de sa peau, le trouble qu’il lui faisait ressentir, la poussant à la faute…

-" Je ne peux pas. Je suis attendue pour un dîner, avec mon mari. "

" Mon mari. " Un mot qui résonna aux oreilles de Michael comme un ongle sur un tableau d’ardoise. Les poils de ses bras se hérissèrent d’ailleurs immédiatement. Il avait oublié qu’elle était la " propriété " d’un autre, cet autre qui ne la respectait pas, qui ne l’aimait pas, qui ne la méritait pas, cet autre… qu’il aurait désiré être, pour la garder, la choyer, l’emporter.

-" Ici ? …

Elle lui fit face, caressa sa joue, lui parla silencieusement, avec les yeux, lui demandant de ne plus la questionner, puis, elle lui tourna le dos et quitta la chambre.

 

Michael était malade de jalousie, lui, qui n’avait jamais éprouvé ce sentiment aussi violemment, bouillait de la savoir aux mains d’un autre. Il se regarda dans le miroir, se saisit d’une chemise et descendit à la réception.

 

Alors qu’il allait confier ses clés à l’accueil, il vit LEUNG, Anna Lee et trois hommes. L’un d’eux était énorme, un sumo, accompagné de deux gardes du corps probablement, ce qu’en déduit Michael à leur allure. LEUNG conversait aristocratiquement, Anna Lee, soumise, attendait qu’on lui intime son comportement. Ils avancèrent au salon, prirent place et se lancèrent dans leurs affaires.

Michael prit un verre au bar, à une place stratégique où il pouvait les observer.

Le sumo lorgnait sur Anna Lee sans vergogne. Il en avait pratiquement la bave aux lèvres. Le simple fait d’imaginer cette frêle créature en compagnie de ce gorille donnait des hauts le cœur à Michael, il ne pourrait supporter cela.

L’entrevue dura moins d’une heure, LEUNG prit congé, abandonnant sa " femme " au sumo. Celui-ci passa sa main autour de son épaule. Elle risqua un œil autour d’elle et aperçut Michael qui la fixait avec intensité. Il lui disait " non. " Elle lui répondait que tel n’était pas son choix mais elle n’était pas maître de sa vie. Le sumo lui souffla des mots à l’oreille, ses narines s’ouvraient et se fermaient respirant son odeur comme un animal en rut, sa salive coulait presque au coin de sa bouche.

Anna Lee se leva, les trois hommes l’imitèrent, les gardes du corps menant l’escorte jusqu’aux ascenseurs menant aux chambres.

 

Michael ferma les yeux et se passa les mains sur le visage. Quelle horreur ! Il ne pouvait pas l’imaginer avec ce monstre. Il allait la briser, forcément. L’inquiétude lui peignait un masque au moment où Thomas, Caleigh et LEUNG le rejoignirent.

-" Mike. Tu vas mieux ? " Demanda Caleigh avec douceur.

-" Mademoiselle RAVIN m’a expliqué votre brûlure. Mon épouse à un remède contre ce genre de maux…

-" Ah, oui ! Et où est-elle, en ce moment ? Articula Michael sur le ton de la colère. Thomas et Caleigh le regardèrent interloqués par ce ton agressif, inhabituel, mais LEUNG n’exprima rien. Il savait déjà d’où lui venait cette acerbité.

-" Malheureusement, ce soir, elle-aussi était quelque peu souffrante, elle est restée à la maison, à Vinh Long. Justement, j’aimerais vous y convier. Vous verrez, au décours d’une agréable croisière sur le fleuve, vous pourrez profiter de l’hospitalité de ma demeure, goûter à la cuisine de mon épouse et apprécier la quiétude de mon jardin exotique…

Michael était à deux doigts de l’explosion. Il savait si bien mentir, un vrai maître de l’illusion, l’habitude s’y lisait, depuis des années, il pratiquait. Dissimuler, transformer, trahir, violenter, taire, tous ces mots qualifiaient Monsieur LEUNG.

-" Je crois que je vais regagner ma chambre. Je vous remercie, Monsieur ! Répondit Michael, quittant son tabouret de bar et plantant là, Caleigh et Thomas.

LEUNG lui adressa un sourire poli d’affabilité, inclinant la tête pour le saluer.

-" Je vous souhaite de vous rétablir, j’ai convié vos collaborateurs demain, pour l’embarquement pour Vinh Long, à six heures !

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