Infidélité...

Publié le par Kelidoma

Je me suis permise un écart.
J'ai dévié de ma voie guadeloupéenne pour adhérer à une voix réunionaise.
Un léwoz. Un kabar.
Deux mots créoles qui expriment en quelque sorte les mêmes idées, les mêmes valeurs, les mêmes traditions, les mêmes transmissions, à des milliers de kilomètres l'un de l'autre.
Là ou Valé témoigne de l'héritage guadeloupéen dans son article http://engwada.canalblog.com/archives/2009/09/23/index.html, je me risque à évoquer ce à quoi j'ai assisté en concert que l'auteur, Davy SICARD, définit lui-même comme un "Maloya Kabossé".
Doudou n'étant pas présent à ce concert, je lui raconte... et je me permets une remarque : l'hétérogénéité du groupe réunionnais par rapport au groupe guadeloupéen.
Les histoires de ces îles sont à la fois similaires et différentes.
Alors que la Réunion semble s'harmoniser autour d'un véritable métissage, brassage de populations diverses, asiatiques, indiennes, africaines et européennes, on retrouve, a contrario, en Guadeloupe, un attachement et une revendication bien marquée à une origine, plus particulièrement africaine ou encore indienne mais bien solidement ancrée dans ce besoin d'exprimer la terre lointaine des ancêtres.
Les idées sont fondamentalement les mêmes. Là où à la Réunion on retrouve un kaf, à la guadeloupe, on retrouve un neg', tous deux issus des mêmes pères d'Afrique, tous deux porteurs de l'héritage des marrons, les révoltés, ceux qui ont combattu pour la liberté.
La où les Gwo-ka et les voix lancinantes crient et écrivent l'Histoire de leurs ancêtres, le kayamb et le roulèr rythment la leur sur les mêmes maux.
Et Doudou en convient, les blessures sont les mêmes, les difficultés à reconstituer sa généalogie également mais il convient aussi que pour ces raisons et pour la représentation que sont les tambours, il appartient aux "vrais" descendants d'esclaves de porter leurs voix aujourd'hui, parce que dans l'ancien temps, la danse et le chant étaient tout ce qui restait aux esclaves pour canaliser leur peine, leurs douleurs, leur pays perdu, leur condition.
Je n'ai pas réellement retrouvé cela dans le Maloya, il semble que les musiciens puissent être divers même si sans doute y-a-t-il plus de couleurs que de blanc... Cet ouverture d'esprit permet de relier l'Art à l'Art.
Et de là viennent mon malaise et mon questionnement : choisit-on sa couleur ? Non. Mais on peut choisir son combat. Faut-il avoir "la gueule de l'emploi" pour le porter ? Il semble que oui, du moins, dans certaines parties du monde.
Si j'avais à choisir une cause, pour son Humanité, je n'ai aucune hésitation à me positionner sur la cause des déportés, des violés, des bafoués, des utilisés, des esclaves, de toutes couleurs et tous sexes, mais si je devais avoir à choisir des armes pour la défendre, peut-être pourrais-je choisir de le chanter à la Réunion mais pas à la Guadeloupe.
Pourquoi ? Une blanche ne peut pas jouer du Gwo-ka. Dans l'esprit de Doudou du moins, cela semble évident, cela pourrait d'ailleurs même être pris presque comme une insulte, comme l'appropriation de quelque chose qui n'a pas à être mien et d'ailleurs, à ce jour, il est vrai que je n'ai jamais vu de blanc jouer de Ka.
Mon esprit n'est pas scindé ainsi. Il regroupe toute forme de souffrances, sans condition.
Toutefois, je me rends bien compte de l'utopie qui règne en moi. Je m'interroge sur ce qui fait que notre coeur vibre ou non à telle ou telle cause.
Pourquoi, moi, j'ai toujours éprouvé pour cette partie de l'Histoire qu'est le commerce triangulaire, une proximité qui ne m'a jamais quittée ?
Pourquoi ai-je parfois l'impression à l'écoute des tambours, lorsque je ferme les yeux, de courir dans la forêt à perdre haleine, exorbitée et terrifiée, entendant les hurlements des chiens des maîtres qui flairent chacun de mes pas ?
Pourquoi est-ce que le clapotis des vagues le long d'un bateau de fortune à la dérive est si proche à mon oreille ?
Pourquoi, mes premiers dessins représentaient tout le temps des hommes et femmes à la peau marron dans une pirogue le long d'une île avec un singe dans un cocotier ?
Les récits de voyages de mes parents ? Une influence indubitable. Mais ces images, me sont si familières, comme un quotidien parallèle ?
Il existe un décalage entre l'image que l'on est et qu'on ne peut changer et l'essence que l'on est à l'intérieur. Ce décalage est parfois pour moi si énorme qu'il m'étrangle dans une révolte similaire à celle que Doudou peut me confier lorsqu'il est victime de "racisme" avéré ou insinué...
Les Hommes arriveront-ils un jour à dépasser l'image de ce que leurs yeux leur renvoient pour ne retenir que celle de leur coeur ?

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Publié dans LES EPREUVES

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J
<br /> voila bien l'un des article les plus excellent, et magnifiquement bien ecrit que j'ai vu sur la toile depuis bien longtemps....<br /> mon idée est que l'on ne choisit pas son combat, sa cause, on la ressent, et on l'exprime; la defend, de la façon qui nous parait la plus simple, la plus evidente.... pour certain c'est en jouant<br /> du kayamm, ou du roulèr, pour d'autres la chantent ou l'ecrivent... certains même ne l'exprime jamais faute de mots, ou de savoir comment... il n'y a pas de couleur la dedans, pas de pays, pas<br /> d'île, ni d'ocean qui separent les êtres... Il y a juste des hommes, des reves, et une furieuse envies d'etre libres et heureux...<br /> enfin je dis ça je dis rien....<br /> <br /> bravo encore pour l'article !! continue !!<br /> <br /> <br />
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K
<br /> Merci pour ce commentaire qui semble sortir du kerr (ou tché en Guadeloupe, ou coeur en français...).<br /> Je suis satisfaite de lire que d'autres adhère à cette idée qu'il n'y a pas de frontière, ni de couleur pour les pensées, simplement un rassemblement sous la nannière d'une liberté, chaque jour de<br /> plus en plus grignotée et qui pourtant a été l'objet de bien des combats à mort sur toute la planète.<br /> Unis, nous le sommes tous par notre condition humaine et j'irai même encore au-delà, par notre quodition de vivant.<br /> Ma philosophie de vie personnelle va dans ce sens, un peu animiste, beaucoup bouddhiste et totalement humaniste, le respect de chaque vie, sous toute forme car nous avons besoin les uns des<br /> autres.<br /> Utopiste, je le suis sans doute, et alors ?! Sans rêve, pas d'imaginaire, pas de fantaisie et pas de vie tout simplement, dans mon esprit...<br /> Je suis heureuse que cet article t'ait plu et qu'il aille dans le sens de la communauté où tu m'as gentiment permis d'adhérer.<br /> @ bientôt !<br /> <br /> <br />
C
<br /> Que dire de plus ??? J'en reste sans voix...<br /> Tu as un don, ne t'arrete jamais d'écrire car tu sais exactement mettre les mots sur des maux.<br /> Je suis vraiment en admiration.<br /> Je me permettrai de faire lire tes textes, par le biais de ton site bien sur mais aussi pour ceux qui n'ont pas forcement acces à internet, les diffuser en précisant bien evidement qui en est<br /> l'auteur KELIDOMA.<br /> Il n'y a donc rien a redire si ce n'est j'adore, j'adhère et je suis fan.<br /> Je vous embrasse tous les 3 et felicitation pour le Ti'Doudou<br /> <br /> <br />
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K
<br /> Merci Caro ! Que d'éloges ! Sans faire de fausse modestie, j'avoue aimer écrire et lire mais un don, je ne sais pas vraiment si le mot convient... J'ai encore à améliorer mon vocabulaire et mes<br /> expressions, l'essentiel avec ce blog c'est que les émotions et les messages passent et cela semble "mission accomplie" alors tant mieux...<br /> Cela fait plaisir d'avoir de tes nouvelles... Comment vas-tu ? Sur Lyon, tu te reconstruis petit à petit ? Sache que tu seras toujours la bienvenue sur Nantes, si tu as l'occasion et que si nous<br /> sommes par chez toi, nous n'hésiterons pas à te faire un petit coucou...<br /> Nous n'avons pas de nouvelles récentes de notre cher frère ( et beau-frère) avez-vous gardé le contact ? Il faut dire que pour l'instant, nous n'avons pas appelé non plus...<br /> Merci pour tes félicitations pour Ti'Doudou ! La famille DESVARIEUX (déjà bien immense) s'agrandit encore, pour notre plus grand personnel à Doudou et moi, bien sûr mais aux tatie/tonton papy/mamie<br /> aussi bien entendu, là-bas, sur l'île Papillon.<br /> Je t'embrasse et pense bien à toi... Prend soin de toi.<br /> <br /> <br />
M
<br /> Je me souviens vers 10 ans, on m'avait offert "La Case de l'oncle Tom", moi qui aimait déjà beaucoup lire. Ma vision du monde n'a plus jamais été la mème (bien avant que les cours ne nous parlent<br /> de la Shoah). Cette histoire singulière très loin de mon vécu d'enfant me parait encore aujourd'hui une des plus grandes cruautés de l'histoire des hommes.A nous chaque jour de faire en sorte petit<br /> caillou après caillou que les choses changent avec espoir....<br /> <br /> <br />
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