Lé Maloya Kabossé...

Publié le par Kelidoma

Festival Goûts et Couleurs.
Retrouvailles à 19h00 avec Miss Marsu. http://lavieestailleurs.over-blog.com/Un long moment que nous ne nous sommes pas vues, chacune commence une "nouvelle vie". Il y a donc des choses à raconter, avec le bonus de fin de soirée : Davy SICARD en live !
Le mieux est de faire un petit tour parmi l'expo, avant de goûter aux spécialités culinaires proposées par le restaurant du monde :
Miss Marsu a trouvé sa voie professionnelle mais ce sera au prix de nombreux efforts qu'elle pourra exercer. Toutefois, c'est une battante, elle est motivée et je suis sûre qu'elle atteindra son but.
De mon côté j'évoque le fait que je vis et ne survis plus depuis que je suis en arrêt de travail, que j'apprécie la petite vie qui se développe en moi et que toute ma petite famille se prépare doucement à s'agrandir.
Le soir est tombé, nous faisons un dernier tour sous la tente du marché artisanal où Miss Marsu craquera pour une croix berbère, son anniversaire approchant, elle aurait bien tort de ne pas se gâter...
Nous entrons dans la salle. Un groupe haïtien envahit l'espace sonore de ragga, Voodoo Klan chauffe la salle et ce n'est pas facile. D'une part, cette dernière n'est pas très remplie, d'autre part, leur son n'est pas bien réglé entre tous les micros et j'avoue que mes oreilles se sentent plus agressées qu'harmonieuses... Toutefois, on encourage leur prestation, c'est surtout un groupe d'enfants qui s'en donnent à coeur joie près de la scène.
J'avoue en fait que je suis impatiente de voir Davy SICARD. Son album envahit l'habitacle de ma voiture depuis des mois, même Chouchou chante ce qu'elle peut et apprécie... J'ai la sensation que je ne serais pas déçue...
Nous sommes bien placées, la salle est loin d'être comble, on respire.
Les lumières s'éteignent et c'est dans le spectre d'une lumière bleue que Davy apparaît tout de blanc vêtu. (cela me rappelle le concert de Rokia TRAORE il y a quelques mois avec Miss Marsu. Une Déesse venue d'Afrique Comme touchés par la Grâce, les deux artistes partagent des valeurs similaires qu'ils expriment communément)
Aujourd'hui, je suis infidèle à Gwada. Aujourd'hui, j'ouvre mon esprit au Maloya (revu et modernisé cependant). Nous assistons à un Kabar.
C'est en quelque sorte l'équivalent d'un Lewoz.
Davy SICARD explique sa culture aux novices que nous sommes car pour la plupart, nous ne sommes pas réunionais et son calme, sa disponibilité et sa douceur sont à eux seuls une adhésion au mouvement.
Toutefois, il vit autentiquement ses chansons

Il jongle, comme tous ses musiciens, allègrement avec tous les instruments qui composent son groupe.
D'abord le kayamb Cette percussion si particulière qui demande une dextérité et une endurance incroyable. C'est cet instrument qui donne aux chansons l'impression qu'une horde de grillons semble s'être mêlée au groupe et qui marque la particularité duMaloya.
Ensuite le roulèr. Pas de cadense ni de mesure, sans lui. Il est le coeur de l'Afrique, il est aussi le coeur de l'expression des créoles qui affichent leur hommage aux ancêtres, leur origine.
Puis la guitare.Des mélodies qui collent aux textes parfaitement, un jeu de cordes qui s'accorde à une voix qui inspire.
Enfin, une voix. Un instrument unique. Il siffle, il "crie", il harmonise chaque corde vocale comme si une harpiste invisible animait ses mains au fond de sa gorge, une puissance qui se maîtrise sans jamais déranger l'oreille, une prononciation qui s'accouple aux mots sans butée, un chant qui vous transporte à 12h00 d'avion pour vous poser juste au bord du cirque de Cilaos, dans les pas des marrons qui fuyaient leur (mauvais) sort, sur la balançoire d'un zwazo la kol qui regarde ses congénères jouir de leur liberté en se demandant ce que lui en ferait, de cette liberté, s'il pouvait l'expérimenter...

Davy explique qu'il n'est pas né dans le Maloya. Il nous donne d'ailleurs un aperçu de ce qu'est le véritable maloya traditionnel
Nous sommes au coin du feu. Il y a des siècles de cela. La mélopée des déportés d'Afrique nous fait faire le voyage. Le seul remède à leur souffrance. CHanter, jouer, danser pour ne pas oublier ses origines.
Effectivement, Davy ne joue pas le véritable maloya, il s'en inspire, comme il s'est inspiré des autres courants musicaux qui ont traversé sa vie depuis qu'il est musicien et le métissage qu'il en retire est un cadeau.
Le métissage. Savoir d'où l'on vient pour essayer de se reconnaître, de s'identifier, de se trouver. Il est un kaf.
Ou un cafouillage, comme il se définit. C'est un créole. Comme Doudou.
Et cela implique bien des interrogations : personnelles et historiques.
Cela implique bien des douleurs, des souffrances, des blessures et des meutrissures.
Cela implique la négation d'une mémoire, rétablie depuis peu d'années avec une date commémorative choisie par un Président (le 10 mai), mais qui n'a pas trouvé réellement écho, par manque de sincérité, peut-être ? par désir médiatique ?

La colonisation. Un bienfait ou un méfait ? Davy nous dit que depuis 2006, les instances ont trouvé bon d'en faire un débat. C'est une bonne chose d'en débattre, c'en serait une autre d'en conclure aussi mais nous n'en sommes pas encore là. Les plaies sont encore bien trop ouvertes, béantes même.
Alors, il faut mener un combat, il faut défendre des valeurs et c'est par la même qu'il introduit sa chanson, qui me fait tant écho : "Au nom de mes pères".
Chouchou serait là, elle aurait pu pousser son "Yo. Yo, yo, yo..." avec entrain. Je serais sa voix. La liberté. Voilà ce qu'évoque cette chanson et le répertoire de Davy en est truffé d'allusions. Il sent que le public est totalement en harmonie avec ce qu'il dit puisqu'il met simplement parfois son discours en suspension et voit que nous suivons sa pensée... Un pur moment d'interaction qui s'inscrit peu souvent.
Une heure trente de chant, de danse, de transpiration, Davy SICARD s'investit pour nous donner le meilleur de lui-même. Il descendra de scène pour passer dans les rangs, il éxécutera des pas de danse traditionnelle et nous invitera à en faire de même, il secouera son kayamb au point d'en avoir sûrement des crampes dans les biceps.
Merci Monsieur l'artiste pour cet instant de pur reflet de ce que je ressens. Vous exprimez les valeurs qui bouillonnent en moi, celles du respect, de la liberté, de l'harmonie à rechercher.
Vous exprimez l'Histoire d'un peuple qui ne cesse d'évoluer car il ne s'est pas encore trouvé, il ne peut pas s'apaiser car trop de révoltes, trop de viols l'enserre encore.
Vous êtes le créatif, l'inspiration, la force et l'énergie.
Vous êtes aussi le calme, la paix, la douceur, et dans vos traits, votre corps et dans votre voix, dans vos silences qui parlent et dans vos cris qui taisent.
Je me doutais que je n'allais pas être déçue et j'avais raison.
Alors, pour tout cela, encore merci... d'exister. 
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Publié dans J'y étais...

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J
<br /> j'avoue... davy sicard, est l'un de nos meilleur ambassadeur... il montre la fièrte de notre culture... en plus ces concerts sont vivant. C'est un vrai showman !! chapeau l'artiste...<br /> <br /> <br />
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K
<br /> J'adore Davy SICARD !!!!!!!!! Je perçois en lui toute la sensibilité de l'artiste qu'il est... J'ai lu qu'il se destinait au foot à la base... Quel bonheur qu'il ait choisi la voie musicale, plutôt<br /> !<br /> Lors des quelques interview visibles sur son blog, il parle de KABAR, son album et de la progression du personnage qui traverse ses textes avec la souffrance d'avoir perdu un être cher... Je ne<br /> sais si cela est feint mais ses textes sonnent vrais, il paraît évoquer un peu de son autobiographie, à sa manière, à couvert, doucement, tout bas...<br /> Il parle bas, doucement, calmement, j'aime les hommes qui s'expriment ainsi, les voix sont posées et savent être puissantes à bon escient. Mon Doudou parle bas aussi et comme le "félin" que je<br /> suis, j'aime cette expression feutrée...<br /> Un point faible qui me conduit souvent vers des artistes comme Davy SICARD ! Une perle de l'Océan Indien !<br /> <br /> <br />
M
<br /> Effectivement que du bonheur.....Quand j'aurais un peu de temps surtout pour le chargement de mes vidéos, j'écrirais aussi mon article! Tu as très bien résumé le concert avec des vidéos bien<br /> choisies, un plaisir de le revivre en condensé.<br /> <br /> <br />
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K
<br /> Comme tu l'as constaté, j'ai adoré !!!!!!!!!! et j'étais bien contente aussi de partager ce moment avec toi car tu as apprécié aussi. Je vais acheté l'album KABAR car je ne l'ai pas et suivre cet<br /> artiste qui me parle vraiment...<br /> Je ne sais pas si j'aurai l'occasion de le revoir en concert mais ce sera en tout cas avec plaisir.<br /> J'ai appris quelques trucs sur le net mais assez peu, il a bien la trentaine et semble être né à la Réunion. Toutefois, il se destinait au foot puis a changé d'orientation en regardant son père<br /> jouer de la musique. Il a fait partie d'un groupe dans les années 1990 puis s'en est détaché ensuite, le groupe a un portail facebook (college brothers, je crois). Il a failli lâché sa carrière en<br /> 2006 avant d'être relancé et élu cette année, meilleur artiste de l'année. Franchement, c'est mérité, dommage qu'il ne soit pas plus connu mais toutefois, il semble qu'il se soit fait tout de même<br /> une renommée dans la World Music. J'attends son prochain album avec impatience...<br /> <br /> <br />