Alias

Publié le par Kelidoma

Non, je ne vais pas évoquer la série dans cet article.
Toutefois l'illustration ci-jointe est bien appropriée à ce que je vais traiter aujourd'hui : les multiples "casquettes" d'une femme.
Pas plus tard qu'hier soir, nous évoquions les ressentis différents et communs d'une maternité avec une voisine devant Doudou. L'allaitement, pour elle, c'est comme pour moi, elle a deux fils et en a allaité aucun sans regret, Doudou ne sait pas tout ça, ce fut un échange entre filles... Par contre, être enceinte, elle a bien aimé et ça, elle l'a dit devant Doudou qui s'est empressé de me lancer un regard averti.
Cette incompréhension entre nous est parfois pesante, bien que je doive reconnaître que la grossesse, finalement, ne se passe pas trop mal pour moi, il y a bien pire chez beaucoup de femmes que ce que je ressens moi, je dirais même que pour l'instant, ça va.
Ce qui a été difficile, c'est plutôt le tout début, la mise en place de chaque organe et les douleurs et nausées qui ont accompagné le processus. Maintenant que tout est en place, ça va.
Toutefois, même si je me suis habituée à ce nouvel état, il s'agit d'une transformation corporelle, hormonale, psychique et si certaines s'en réjouissent, moi, j'ai l'impression de revivre l'adolescence et ses changements qu'on accepte parfois pas au début.
Doudou voudrait que je sois dans l'épanouissement total. Il oublie cependant quelque chose de mon passé qui est très important et qui a déterminé mon adolescence et l'adulte qui en découle : je suis une ancienne anorexique.
Heureusement, je suis curieuse de savoir si mes ressentis psychiques sont "pathologiques" ou s'ils ont une explication et for bien pour moi, ils en ont une que j'ai trouvée en lisant.  L'anorexique (ancienne ou actuelle) et la boulimique, même guéries (plus ou moins) garderont toujours une image déformée de leur corps, comme une paire de lunettes inadaptées dont elles ne peuvent se séparer, chaque bouleversement physique entraîne forcément de l'angoisse et une porte ouverte vers la maladie qui tapie dans l'ombre ne cesse jamais d'attendre un moment pour ré-apparaître.
Lorsqu'on a vécu cela, cet impression d'être "possédée" par une autre qui nous prend le corps et l'esprit, on a toujours peur de la laisser reprendre le dessus. La grossesse est une forme de dépossession de son corps et ceci, j'ai pu l'évoquer aussi avec So-so qui n'a pas été touchée par cette maladie (enfin, à ma connaissance).
J'aime le bébé qui est en moi et je souhaite qu'il se développe et grandisse en toute santé, toutefois, j'ai aussi ce sentiment d'être à côté de moi car ce corps est comme un alias, un rôle joué un temps, auquel je ne me sens pas réellement de point commun.
Je crois que finalement, j'ai très peur de perdre l'équilibre qui m'habite depuis quelques temps. Même si je sais bien gardé le monstre vivant dans une cabane au fond de moi, chaque contrainte physique, chaque métamorphose, chaque image qui m'éloigne de celle qui intimement me reflète, c'est à dire, quelqu'un de mince, est synonyme de DANGER.
Je me rend bien compte qu'au plus profond de moi, je m'identifie et me sens bien dans un corps "d'adolescente" où les formes restent "peu développées".
Accepter de se voir mère, telle que le visuel le représente, toute en rondeurs dans la poitrine, le ventre et le visage est pour moi beau dans l'abstrait des choses, comme une spectatrice mais je n'ai pas envie d'endosser ce rôle.
Ceci est très personnel et je ne pense pas, même avec toute la sincérité et les explications du monde, que ce sera saisi par Doudou.
Autant lui-aussi renferme bien des blessures de son enfance, des sensibilités exacerbées en tant qu'adulte, voire même des dénies qui s'expliquent par ses meurtrissures enfantines qui , évidemment, me sont étrangères puisque je ne les ai pas vécues, autant, pour moi, c'est comparable mais à d'autres niveaux. L
a différence est que je ne crois pas Doudou assez "emphatique" pour les assimiler alors je garde le silence.
Les Femmes sont par nature "alias". On leur demande d'endosser multiples rôles : épouses et maîtresses, mamans et confidentes, professionnelles et disponibles pour leur famille, épanouies à tous les stades de la vie... Des images tout ceci, sans plongée dans la réelle personnalité et le caractère dominant des unes et des autres.
En demande-t-on autant à l'Homme ? Maintenant, sans doute plus. Il y a eu une tendance à l'exigence : on les veut paternels et impliqués dans la vie de famille, on les veut épanouis professionnellement, on les veut à l'écoute de leur corps et dans une recherche physique et esthétique et ils en témoignent de plus en plus : "c'est pas facile de plaire aux femmes, aujourd'hui !"
Alors peut-être qu'en théorie, on peut se dire que la compréhension sera réellement mutuelle dans quelques années mais pour l'instant, eux, ne sont que sur le chemin, nous nous sommes déjà dedans depuis longtemps et si correspondre à toutes ces images nous est parfois difficile c'est sans doute parce qu'il y a une part d'impossible.
La liberté d'être ce que l'on est.
La liberté d'exprimer ce qu'on ressent.
La liberté de ne pas correspondre à des clichés, non par rébellion, mais parce que cela nous ressemble pas, en dedans.
Tout ceci n'est pas une histoire de sexe, tout simplement de respect de soi, de l'humain dans sa diversité, de tolérance et d'amour aussi...
J'aime être maman comme je l'entends.
J'aime être maman comme cela me correspond.
J'aime être maman comme je suis en dedans : avec des faiblesses, des défauts, des rêves, des immaturités aussi, un  peu de responsabilités (quand même), beaucoup de fantaisies, d'envies, de motivation mais surtout être ce que je suis sans correspondance à tel ou tel critère.
Merci l'écrit de pouvoir me permettre de surmonter toutes ces pensées, ces révoltes intérieures, ces expressions intimes qui renforcent les chaînes qui maintiennent le cerbère secret qui dort en moi.
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Commenter cet article
M
<br /> ça fait du bien d'écrire !<br /> ces mots qu'on ne peut dire, car on sent bien qu'ils ne seront pas compris ... qu'on ne sait dire, car ils ne sortent pas ... et pourtant ces mots ne sont que l'expression d'un vécu, d'un ressenti<br /> ... alors les écrire, pour soi toute seule, ou pour l'anonymat du web, cela fait du bien !<br /> <br /> <br />
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